TL;DR. Monter une activité en ligne à Monaco bute sur un mur que personne ne mentionne dans les guides startup : Stripe, Lemon Squeezy, Paddle, Mollie ne supportent pas la Principauté. Pas de pays disponible dans le menu déroulant. Core by Carlo comble exactement ce vide. Version B2B en marque blanche de Carlo App, la fintech monégasque fondée par Antoine Bahri et lancée en juillet 2019. Trois modules : Core Payment (encaissement web, 2% + 0,20 € par transaction), Core Rewards (moteur de fidélité), Core Ecosystem (wallet en boucle fermée). La pile s’appuie sur Lemonway, établissement de paiement français agréé ACPR. Côté dev, j’ai intégré Core Payment dans Fixup, la plateforme de réservation d’artisans à Monaco où j’interviens comme partenaire technique.
Le mur que personne ne mentionne aux fondateurs à Monaco
Quand Fixup a démarré, il a fallu une demi-journée pour comprendre qu’on n’allait pas encaisser comme partout ailleurs en Europe.
Le réflexe d’un fondateur tech en 2026 est connu : on ouvre Stripe, on crée un compte, on colle les clés API, on encaisse. Trente minutes du brief à la première transaction. Sauf qu’à Monaco, Stripe n’est pas dans la liste des pays supportés. Le menu déroulant saute de la Lituanie à la Norvège. Aucune erreur explicite, aucune page d’aide qui dit franchement “Monaco non, ouvrez un compte en France”. Juste un vide.
Même histoire avec Lemon Squeezy (merchant of record très populaire chez les SaaS indie) : Monaco ne figure pas dans les juridictions où l’on peut s’enregistrer en tant que vendeur. Paddle, idem. Mollie ne couvre pas la Principauté non plus.
Les raisons sont structurelles : ces acteurs sont passportés sous des licences européennes (Irlande, Pays-Bas, Lituanie le plus souvent) qui s’appliquent aux États membres de l’EEE. Monaco n’est pas dans l’UE ni dans l’EEE. Pas de passeport, pas de support, pas de prise en charge.
Restent alors deux options principales :
- Domicilier la facturation en France via une structure miroir, et passer par Stripe France. Conforme, mais ça implique de monter une SARL française juste pour encaisser — coûts juridiques, comptabilité dédoublée, et on perd l’argument “entreprise monégasque” auprès des clients locaux.
- Core by Carlo, qui agit en agent Lemonway et fournit un encaissement directement utilisable par une entreprise immatriculée RCI Monaco. D’autres acteurs locaux existent (PayZen notamment), mais avec leurs propres contraintes d’entrée que chaque projet doit évaluer.
L’option 2 est celle qui résout le problème sans en ajouter un autre. C’est comme ça que Fixup est arrivé sur Core by Carlo.
Qui est Carlo, et qui est “Core”
Carlo Technologies est une fintech basée à Monaco, fondée par Antoine Bahri. Le produit grand public, c’est Carlo App : un portefeuille mobile avec cashback (5% chez les marchands partenaires), lancé en juillet 2019. Selon les données publiées début 2025, l’app revendique environ 80 000 utilisateurs et 680 commerçants partenaires à Monaco (~80% des commerçants de la Principauté), avec des extensions à Aix-en-Provence en 2023 puis Bordeaux en octobre 2024.
Côté distinctions, Carlo a été finaliste des PAY360 Awards dans la catégorie “Best Innovation in Mobile” — première startup née à Monaco à atteindre ce niveau de reconnaissance dans la fintech européenne, aux côtés de Mastercard, Ripple ou Thales. Un signal venant d’un écosystème dominé par Londres et Berlin.
Core by Carlo, c’est l’évolution naturelle : la même technologie, rendue modulaire et marque blanche, ouverte à d’autres acteurs que la marque Carlo. La promesse tient en une phrase :
Le moteur fintech qui fait tourner Carlo App, désormais disponible pour vos propres écosystèmes B2B.
Et au-delà de la dimension purement technique, le choix Carlo pour un projet monégasque a une dimension de marque. Carlo App est devenue un réflexe pour une grande partie des résidents et travailleurs de la Principauté — un gage de confiance immédiat dans le paysage local. Pour Fixup, qui vend justement de la confiance locale (un artisan qui décroche, qui arrive, qui finit le job), s’appuyer sur une infrastructure 100% monégasque renforce la cohérence de l’offre. Ce critère a clairement pesé dans la décision, autant que les arguments techniques.
Les trois briques de Core
L’offre Core se découpe en trois modules, qu’on peut prendre seuls ou empiler.
Core Payment
L’encaissement en ligne. Site web, lien de paiement, Apple Pay, Visa, Mastercard. Conforme Monaco sans contorsion. C’est la brique qu’on a installée dans Fixup pour l’achat de crédits (rappel pour qui n’a pas lu le making-of : 1 crédit = 79 € = 45 minutes d’intervention sur place, achetable par packs libres de 1 à 30 crédits).
Tarif : 2% + 0,20 € par transaction. Sur un panier Fixup d’un crédit (79 €), le coût d’encaissement est de 1,78 €. Lisible, prévisible, pas de palier caché.
Core Rewards
Le moteur de fidélité. Chaque transaction peut déclencher automatiquement une récompense — cashback, points, statut, accès. Les règles sont paramétrables : tiers, segments, campagnes ciblées, plafonds. Les analytics sont en temps réel.
Fixup n’utilise pas Core Rewards aujourd’hui, mais c’est un module que je garde en tête pour les évolutions futures du programme client.
Core Ecosystem
Le wallet fermé. Un vrai portefeuille marque blanche, scannable au point de vente via QR code, sans changer le TPE existant. La valeur circule à l’intérieur de l’écosystème : ce qui rentre reste utilisable seulement chez les partenaires. C’est le module pour des cas d’usage plus ambitieux — réseau de franchises, station de ski, groupe hôtelier, centre commercial.
Pas pertinent pour le modèle Fixup. Mais c’est le module qui distingue vraiment Core des PSP classiques : c’est là que Carlo monétise son savoir-faire de wallet, pas juste son rail d’encaissement.
Le détail qui rassure : Lemonway en dessous
Une question légitime quand on confie son encaissement à une boîte de quelques personnes : qui est l’établissement de paiement réellement régulé en dessous ?
Carlo n’opère pas comme PSP indépendant. Core Payment s’appuie sur Lemonway, établissement de paiement français agréé par l’ACPR (consultable sur le registre REGAFI en recherchant “Lemonway”). Carlo agit en tant qu’agent Lemonway — c’est le montage juridique qui permet à une fintech monégasque de proposer des services de paiement régulés sans détenir elle-même la licence PSP.
Pour le client final (un résident monégasque qui paye Fixup avec sa carte), ça veut dire : flux supervisé par l’ACPR, conformité PSD2, ségrégation des fonds, contrôles AML/KYC standard. Pour l’opérateur, ça veut dire un partenaire local adossé à de la régulation européenne dure, pas un wallet exotique.
C’est l’argument à donner quand un partenaire B2B demande “vous encaissez via qui ?”. Réponse claire en deux lignes, vérifiable sur le registre REGAFI de l’ACPR.
Ce qu’on a branché dans Fixup
Pour le cas d’usage Fixup, j’ai connecté Core Payment au flux d’achat de crédits. Le parcours côté client est désormais le suivant :
- Le client choisit son intervention dans le catalogue Fixup. Chaque intervention a un coût en crédits prédéfini à l’avance.
- Si le compte client n’a pas assez de crédits, on lui propose un achat — pack libre de 1 à 30 crédits.
- Le paiement passe par Core Payment : redirection vers la page sécurisée, encaissement, retour webhook.
- Les crédits sont provisionnés dans le compte client à réception du webhook.
Côté intégration technique, c’est de l’API REST standard. Les webhooks pilotent la mise à jour de l’état d’achat — pas de polling, pas d’état intermédiaire à reconcilier côté backend NestJS.
Le tout tourne en production. Core gère 100% des encaissements Fixup, parce qu’il n’y avait tout simplement pas le choix d’aller voir ailleurs — Stripe n’a jamais été une option pour une entreprise immatriculée RCI Monaco. Effet collatéral : un seul moteur de paiement à instrumenter, monitorer, réconcilier en comptabilité. Une seule boîte support à appeler en cas d’incident.
Ce que ça change concrètement pour le client final
Vu côté client, le changement est invisible — et c’est exactement ce qu’on voulait :
- Page de paiement aux couleurs Fixup. Le client ne voit pas “Carlo”, il voit “Fixup”. La marque blanche fait son travail.
- Apple Pay disponible. Sur un panier à 79 €, un tap suffit. La friction de paiement s’effondre.
- Facturation conforme. Les justificatifs sortent propres, sans bricolage manuel côté compta.
Les limites qu’on a rencontrées
Soyons honnêtes : aucune solution n’est sans angle mort. Le fait que Core soit la meilleure réponse pour Monaco ne veut pas dire qu’elle est parfaite.
Documentation API plus légère qu’un Stripe. Les API existent et sont fonctionnelles, mais on n’a pas le confort d’un Stripe Docs avec sandbox publique, simulateur de webhooks, SDK pour douze langages. C’est un produit récent, opéré par une équipe à taille humaine. Il faut accepter de poser des questions au support — qui répond, mais ce n’est pas du self-service. À revérifier au moment où vous lisez ces lignes : Carlo peut avoir publié plus de documentation publique entre-temps.
Catalogue d’intégrations moins large. Là où Stripe a des connecteurs natifs pour des centaines d’outils, Core en propose beaucoup moins. Si votre stack est exotique, prévoyez de coder le pont vous-même. Sur Fixup (NestJS côté backend), un client REST suffit — mais sur un Shopify ou un SaaS pré-intégré, la friction sera plus visible.
Périmètre géographique principalement Monaco / Sud de la France. Carlo s’est étendue à Aix-en-Provence en 2023 puis Bordeaux en octobre 2024. Si votre activité est paneuropéenne ou globale, et que votre siège est dans un pays où Stripe et compagnie sont disponibles, le calcul change : leur couverture multi-devises et leur ingénierie produit restent imbattables. La question n’est pas “Core ou Stripe” dans l’absolu, c’est “où êtes-vous immatriculé”.
Pas (encore) de case study B2B externe largement diffusé. Le case study principal de Core, c’est Carlo App lui-même. C’est cohérent — on installe la technologie qui fait tourner le produit de référence —, mais ça veut dire qu’on prend un risque de pionnier sur le module Core en B2B externe. Signal à interpréter selon votre tolérance au risque produit.
Pour qui Core by Carlo a vraiment du sens
Quatre profils où Core est la bonne réponse :
Vous êtes une entreprise monégasque qui encaisse en ligne. C’est le cas d’usage central. Stripe, Lemon Squeezy, Paddle, Mollie ne vous prennent pas comme client. Core, en agent Lemonway, démarre en quelques jours, sans contrat acquéreur séparé à négocier.
Vous opérez un réseau fermé — franchises, groupe hôtelier, station de ski, centre commercial, fédération de commerçants d’un quartier. Core Ecosystem existe précisément pour ça, et il n’y a pas dix concurrents qui font la même chose en marque blanche avec la même conformité européenne.
Vous voulez de la fidélité temps réel sans coder le moteur. Core Rewards vous évite plusieurs mois de développement et la maintenance qui va avec.
Vous croyez à l’écosystème monégasque. Choisir Carlo, c’est aussi soutenir un acteur local de la fintech, dans la même logique que choisir une ESN locale pour livrer un projet Fonds Bleu. Ce n’est pas de la sentimentalité — c’est un pari rationnel sur la proximité, la connaissance du terrain, la résolution rapide des incidents, et la notoriété déjà installée de la marque Carlo auprès des résidents.
À l’inverse, si votre siège n’est pas à Monaco et que vous avez accès à Stripe ou Adyen sans friction, le calcul est différent. Core reste pertinent pour la brique fidélité / wallet fermé, qui n’est pas l’offre principale de Stripe, mais sur l’encaissement seul, les acteurs globaux gardent l’avantage produit. Le critère décisif reste la juridiction : RCI Monaco → Core est la voie courte ; siège ailleurs → comparez sur le périmètre fonctionnel.
Ce qu’on retient
Trois leçons d’intégration au-delà du cas Fixup.
La couverture géographique d’un PSP est un critère de premier ordre, pas un détail. À Monaco, ça veut dire un acteur disponible localement — pas Stripe, pas Lemon Squeezy, pas Paddle. Le fondateur qui découvre ça après avoir designé tout son funnel autour de Stripe Checkout perd des semaines. Première question à se poser avant tout le reste : mon pays d’immatriculation est-il supporté ?
Le wallet en boucle fermée est sous-estimé. Quand un wallet fermé est posé proprement, la valeur reste dans l’écosystème de la marque. Plus de récurrence, plus de panier, plus de fidélité réelle. Si votre activité s’y prête, c’est un investissement à regarder sérieusement.
Les fintech monégasques sont devenues crédibles. Il y a cinq ans, un acteur de paiement basé à Monaco aurait soulevé des sourcils. Aujourd’hui, avec l’agrément ACPR via Lemonway, la traction de Carlo App (~80 000 utilisateurs, ~680 marchands partenaires en Principauté) et une finale PAY360 dans la catégorie Best Innovation in Mobile, Monaco a un vrai pôle fintech naissant.
Si vous opérez à Monaco et que vous portez un projet où Core pourrait s’intégrer — ou simplement si vous voulez voir comment je l’ai câblé chez Fixup —, un appel court suffit.
Pour citer cet article : Charbonneyre, A. (2026). Core by Carlo : on a branché le paiement marque blanche monégasque dans Fixup. Moody Labs.
Sources principales : corebycarlo.com, l’histoire du projet, le case study Carlo App, la comparaison PayZen vs Core Payment, MonacoTech — Carlo PAY360 finaliste, Good News Monaco — Carlo App / Antoine Bahri (févr. 2025), registre REGAFI ACPR pour la vérification de l’agrément Lemonway. Article rédigé fin mai 2026 ; vérifier les modalités à jour sur corebycarlo.com.