Making-of

Construire Fixup : trouver un artisan à Monaco en moins de 24h

Fixup résout un vrai problème local de Monaco : trouver un artisan fiable et rapide. J'ai accompagné le projet en tant que partenaire technique. Stack monorepo, contraintes, et choix qu'on a tranchés ensemble.

A Alex Charbonneyre · · 7 min de lecture

TL;DR. Fixup résout un vrai problème de Monaco : densité immobilière extrême, peu d’artisans disponibles, délais flous. Système de crédits prédéfinis par type d’intervention (1 crédit = 79 € = 45 min sur place), techniciens en CDI, intervention sous 24h, flotte en mobilité douce. Je suis intervenu comme partenaire technique : monorepo Vite/React + NestJS, Supabase, Core by Carlo pour les paiements, ChatGPT pour les tâches opérationnelles internes. Pas un produit IA, un produit local avec de l’IA dedans.

Le problème : 2 km², 39 000 habitants, et personne ne décroche

La Principauté tient sur environ 2 km², accueille environ 39 000 résidents, et concentre une densité de logements premium qu’on ne retrouve nulle part ailleurs sur la Côte. Du Larvotto à Fontvieille, on parle de plusieurs centaines de milliers de mètres carrés d’appartements, de bureaux et de pieds-à-terre. Tout ce stock vieillit, fuit, grince, casse. Et pourtant, trouver un artisan disponible relève du sport.

Le constat à l’origine de Fixup — celui du créateur du produit, pas le mien — tient en quelques phrases. À Monaco, une petite intervention coûte une fortune. Elle oblige à appeler plusieurs entreprises, beaucoup ne décrochent pas, les délais s’étirent sur des semaines. Le réflexe quotidien d’un Parisien (un artisan dans la journée, à prix correct, qui répond au téléphone) n’existe pas vraiment en Principauté.

La raison est structurelle. Peu d’artisans sont physiquement basés à Monaco. Ceux des communes voisines, Beausoleil, Cap d’Ail, Roquebrune, sont déjà saturés par leur propre clientèle. Les plateformes nationales type Stootie ou AlloVoisins ne couvrent pas vraiment la Principauté, et surtout ne référencent pas des professionnels — du particulier débrouillard, pas un service fiable. Le marché du bricolage et de la réparation reste invisibilisé par le tourisme et le yachting, qui aspirent toute la lumière économique.

Bref : un marché tendu, des clients prêts à payer, et personne pour décrocher. Le genre de friction qui mérite un produit.

Le pari : salarier au lieu de référencer

Le choix structurant a été tranché dès le départ par le fondateur : tous les techniciens sont salariés en CDI, pas freelances. Pas d’Uber pour artisans. La flotte (vélos cargo électriques, scooters) est fournie par l’entreprise. La formation est continue, en interne.

Le pari paraît contre-intuitif. Il est pourtant le seul cohérent quand on regarde le problème de près.

Qualité contrôlable. Un freelance noté 4,2 étoiles sur une marketplace n’a aucun compte à rendre. Un salarié, si.

Vitesse de réponse garantie. Quand un tech est payé pour être disponible, il décroche. Quand il est payé à la mission, il filtre.

Accountability totale. Le client appelle une seule entité. Pas de “je vais voir si je peux trouver quelqu’un”. L’engagement est porté par la marque, pas dilué dans un réseau de prestataires fantômes.

Le coût est réel. La marge unitaire est plus faible qu’une marketplace classique. En contrepartie, la marque devient un actif, et le bouche-à-oreille fait le reste. Sur un territoire de 39 000 habitants, l’arbitrage est vite tranché.

Système de crédits : pourquoi c’est plus malin qu’un tarif horaire

1 crédit = 79 € = 45 minutes d’intervention sur place. Pas de devis, pas de “ça va dépendre”, pas de mauvaise surprise.

Chaque intervention au catalogue a un coût en crédits prédéfini à l’avance. Le client achète ses crédits en amont (de 1 à 30 d’un coup), puis réserve l’intervention de son choix : la facturation est lisible avant même que le tech sonne à la porte.

Pour le technicien, c’est incitatif. Une intervention de 20 minutes consomme un crédit complet : le déplacement est valorisé, les petites tâches restent rentables, le tech ne traîne pas non plus.

Pour l’opérateur, le modèle est empilable. Un client achète ses crédits d’un coup, planifie ses interventions sur plusieurs semaines, paie une fois. Trésorerie propre, comptabilité propre.

L’inspiration assumée : faire pour le petit travaux à domicile ce que Doctolib a fait pour la santé. Un service local prévisible, accessible en quelques clics, sans appeler dix numéros.

Stack technique et choix tranchés

Mon rôle a été de poser une architecture qui tienne pour trois surfaces très différentes : un site client public, un back-office riche pour gérer les interventions et la flotte, et une app mobile pour les techs sur le terrain.

La stack est volontairement sobre. Pas le luxe de l’expérimentation pour l’expérimentation quand on construit un service réel avec une équipe réduite.

  • Monorepo avec 4 apps :
    • App client (réservation, achat de crédits) : Vite + React
    • App admin (dashboard, suivi d’interventions, CRM) : Vite + React
    • App mobile ouvrier (planning, suivi terrain) : Capacitor + Ionic
    • Backend API : NestJS
  • Supabase pour la DB et l’auth
  • Core by Carlo pour les paiements (voir l’article dédié)
  • nodemailer pour les emails transactionnels (confirmations, rappels, factures)
  • VPS dédié + Coolify pour l’hébergement
  • ChatGPT pour deux tâches opérationnelles internes (voir section suivante)

Pas de Vercel, pas de Stripe, pas de SaaS managé pour 80% de l’infra. Le coût d’hébergement reste prévisible et indépendant du trafic. Pour un service local qui n’a pas vocation à pic-loader, c’est le bon arbitrage.

Où l’IA s’insère (et où elle ne s’insère pas)

Fixup n’est pas un produit IA. C’est une plateforme artisans Monaco avec deux fonctionnalités IA bien placées, toutes les deux côté opérations, pas côté client.

1. Synthèse de compte-rendu d’intervention. Le technicien clôture l’intervention dans son app mobile (notes texte, photos). ChatGPT en sort un résumé propre, structuré, lisible pour le client et exploitable côté CRM. Gain de temps net pour les techs, qualité des CR homogène.

2. Liste d’outils du jour. Chaque matin, ChatGPT prend la liste de toutes les interventions de la journée d’un tech, déduit le type de matériel probablement nécessaire pour chacune, et génère une liste d’outils à embarquer. Plus de “j’ai oublié la clé à molette” qui force un aller-retour au dépôt.

Le client final ne sait pas qu’il interagit indirectement avec un LLM. Il décrit son besoin sur l’app, il reçoit un créneau, un tech arrive. L’IA est dans la cuisine, pas sur le menu. C’est exactement ce qu’on défend sur le pôle automatisation du studio.

Les contraintes Monaco que personne n’anticipe

Deux choses spécifiques à la Principauté qu’on n’avait pas vues venir avant de mettre les mains dedans.

Logistique de mobilité. La circulation est dense, le stationnement minéral. La flotte Fixup est composée de vélos cargo électriques et de scooters — adaptés à la densité monégasque. Conséquence côté tarif : les crédits couvrent le déplacement, l’intervention sur place et les petits consommables. Pour les grosses fournitures (le matériel d’un changement de baignoire, par exemple), une facture supplémentaire est fournie à part.

Langues. Environ 70% des demandes arrivent en français, 20% en anglais, 10% en italien. Les techs sont sélectionnés et formés en conséquence. Sur un marché aussi international, un service handyman Monaco qui ne parle que français se coupe d’un tiers de sa demande.

Ce qu’on a appris

Deux leçons qui dépassent le cas Fixup.

Local bat global. Sur un marché de 39 000 personnes, la confiance compte plus que le marketing. La majorité des nouveaux clients arrivent par recommandation directe. Les Ads servent à amorcer la pompe, pas à la maintenir. Quand votre marché tient dans un quartier, soignez le bouche-à-oreille avant le funnel.

L’IA en B2C local n’est pas un produit, c’est un outil interne. On ne vend pas “une plateforme IA” à un résident de Monaco. On vend un artisan qui arrive en moins de 24h. L’IA est dans la cuisine, pas sur le menu. Cette ligne paraît évidente écrite ici, elle est très facile à oublier quand on lit trop LinkedIn.

Et après ?

La roadmap est volontairement discrète. Beausoleil est déjà couvert ; Cap d’Ail pourrait suivre. Côté distribution, des partenariats sont à l’étude avec hôtels, conciergeries et agences immobilières, où la fiabilité prime sur le prix.

Si vous gérez un bien à Monaco et que vous n’avez pas encore essayé, Fixup est ouvert. Si vous avez un produit local qui mérite une vraie stack et un partenaire technique, le studio est joignable.

Pour citer cet article : Charbonneyre, A. (2026). Construire Fixup : trouver un artisan à Monaco en moins de 24h. Moody Labs.

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